A L’UNIVERSITÉ DE PROVENCE (AIX-EN-PROVENCE)

les 14, 15 et 16 juin 2006

COLLOQUE INTERNATIONAL : «BECKETT ET LES QUATRE ÉLÉMENTS»



Le colloque international «Beckett et les quatre éléments», organisé au sein de l’Université de Provence, par deux enseignantes-chercheuses du Département des Lettres Modernes, Karine GERMONI, Professeur agrégée de Littérature Française, co-organisé par Marie-Claude HUBERT, Professeur de Littérature française, aura lieu les 14, 15 et 16 juin 2006 dans la salle des professeurs de l’Université de Provence. Il réunira 33 intervenants dont 16 issus de nombreuses universités françaises (Paris IV, Paris VIII, Paris X, Paris XIII, Rennes, Bordeaux, Strasbourg, Nancy, etc. ), et 17 issus d’Universités étrangères (Etats-Unis, Canada, Japon, Russie, Belgique, Suisse, Espagne, Grèce, Angleterre, Hollande).

En 2006 sera célébré partout à travers le monde le centenaire de la naissance de Samuel Beckett, né le 13 avril 1906 à Dublin. En hommage à cet auteur-phare du XXe siècle, différents événements sont prévus :

  • colloques à Tallahassee (Floride, Etats-Unis) en février ; Reading (Angleterre) en mars ; Dublin (Irlande) en avril ; Tokyo (Japon) en septembre ; Paris en novembre ; Lille en décembre ;
  • bien d’autres manifestations, pour l’essentiel organisation de festivals de théâtre, à Dublin (Gate Theatre) ; Londres (Royal Court) ; Atlanta ; Hambourg ; Paris, dans différents théâtres, sous la direction de l’acteur et metteur en scène Pierre Chabert, dans le cadre du «Beckett Project».


Le projet d’organiser un colloque sur Samuel Beckett à Aix-en-Provence au mois de juin 2006 s’est très tôt imposé aux organisatrices. Marie-Claude Hubert est spécialiste de littérature théâtrale française ; elle a publié plusieurs ouvrages sur Ionesco, Beckett, Adamov, qui appartiennent au «théâtre de l’absurde» ; Karine Germoni est spécialiste de littérature française du XXe siècle et tout particulièrement de Beckett. Leur participation à des colloques beckettiens passés et à venir, leurs travaux sur l’œuvre de l’auteur et leurs rencontres avec des proches, parents, acteurs, amis ou collaborateurs de Beckett (Edward Beckett, Pierre Chabert, Ludovic Janvier, Jim Knowlson, Jean Martin, Billie Whitelaw, Raymond Federman), et avec d’autres universitaires travaillant sur le même domaine de recherche, leur ont permis de nouer des contacts nombreux et durables dans l’univers beckettien. L’événement «Beckett et les quatre éléments» est apparu comme l’occasion privilégiée de consolider les liens professionnels et culturels entre l’Université de Provence et d’autres universités françaises et étrangères (Universités de Tallahassee, Hambourg et Atlanta).

La volonté de réunir des «Beckettiens» en Provence semblait s’imposer d’autant plus que Samuel Beckett a vécu pendant deux ans et demi dans le village de Roussillon où il s’était réfugié pendant la guerre pour échapper à la Gestapo qui le recherchait pour faits de résistance. L’influence de ce séjour roussillonnais est aujourd’hui avérée. L’œuvre de Beckett porte les traces de ce long séjour dans ce beau village du Vaucluse mais c’est dans En attendant Godot qu’on trouve les références les plus directes, notamment lorsque Vladimir qui tente de convaincre l’amnésique Estragon qu’ils ont fait «les vendanges» «chez un nommé Bonnelly, à Roussillon», dans «le Vaucluse», s’exclame : «Mais là-bas tout est rouge ! ». Bien entendu l’allusion est claire pour qui connaît la carrière des Ocres ; ailleurs, c’est le ciel bleu et l’air clément de la Provence qui sont mentionnés par Beckett, dans ses textes ou sa correspondance.

La mention de la terre, du ciel n’ont rien d’exceptionnel dans l’œuvre beckettienne car les quatre éléments primordiaux (terre, air, eau, feu) et leurs attributs respectifs jouent un rôle essentiel dans les textes de Beckett. S’interroger sur le rôle que jouent les quatre éléments, qui président à toute naissance, dans l’œuvre de Beckett est apparu comme une manière privilégiée de rendre hommage à ce Prix Nobel de littérature (1969) pour le centenaire de sa naissance. D’autant que ce petit nombre d’éléments autorise un grand nombre d’approches, ce dont témoigne la richesse et la variété du programme scientifique du colloque. L’air, la terre, le feu et l’eau peuvent être envisagés sous un angle thématique, géographique, physique, métaphysique, métaphorique, symbolique, psychanalytique, esthétique.

Le colloque «Beckett et les quatre éléments» est ouvert à tous les publics car il est apparu essentiel de permettre au plus grand nombre de connaître ou de mieux connaître un écrivain de la stature de Samuel Beckett, dramaturge, romancier, poète, auteur d’En attendant Godot, aujourd’hui encore l'une des pièces les plus jouées dans le monde.

C’est la raison pour laquelle La Cité du Livre et l’Institut de l’Image d’Aix-en-Provence ont été contactés pour travailler en synergie avec les organisatrices du colloque «Beckett et les quatre éléments». Ainsi, est programmée une soirée «Beckett au cinéma» le mercredi 14 juin, en collaboration avec Sabine Putorti (Institut de l’Image), au cours de laquelle seront projetés Film de Beckett et Comedie de Marin Karmitz, après une présentation par Bernard Rémy (Cinémathèque de la Danse - Paris), «Le rapport de Beckett à l’image». Le Jeudi 15 juin, est prévue, dans le cadre des «Ecritures Croisées» animées par Annie Terrier (La Cité du Livre), une rencontre entre le public aixois et régional et des personnalités ayant connu Beckett : Edward Beckett (neveu de Beckett que l’auteur considérait comme un fils et directeur du «Beckett Real Estate») ; Ludovic Janvier (écrivain, critique renommé de Beckett et ami de l’auteur) ; Pierre Chabert (acteur, metteur en scène qui a travaillé pendant plus de vingt ans avec Samuel Beckett dont il était l’ami) ; Raymond Federman (écrivain, critique connu et ami de Beckett).

Par ailleurs, pour qu’un public plus large encore soit concerné, différentes librairies aixoises (Vents du Sud, Librairie de Provence, Librairie Mazarin, Librairie Goulard) seront associées au colloque pour mettre en valeur leur fonds Beckett. En outre, plusieurs théâtres de la ville d’Aix ont été contactés pour travailler en collaboration avec l’Université de Provence, notamment le théâtre des Ateliers dirigé par Alain Simon. Ce metteur en scène et acteur lira des textes beckettiens en rapport avec la thématique du colloque au Conservatoire des ocres et pigments appliqués de Roussillon où est prévue une excursion le samedi 17 juin en clôture du colloque.



Centenaire de Beckett : oh les beaux jours à Cerisy !



C’est avec un peu d’avance, du 1er au 11 août 2005, que s’est amorcée la célébration du centenaire de la naissance de Beckett. Le château de Cerisy-la-Salle (Normandie) accueillait la Décade «Présence de Samuel Beckett», sous la direction scientifique de Tom Cousineau, Sjef Houppermans, Yann Mével et Michèle Touret. Ceux-ci, pour l’organisation du colloque, avaient bénéficié de l’aide de Bogdan Manojlovic, Maurice Pergnier et Gisèle Valency.

Cerisy : cadre propice pour une manifestation beckettienne, puisqu’il fut naguère, dans le cadre d’une Décade, le lieu de débats mémorables entre diverses figures du Nouveau Roman. Cadre propice aussi dans la mesure où il se situe à côté de Saint-Lô, où Beckett oeuvra, au sein de la Croix-Rouge, au lendemain de la seconde guerre mondiale. Cadre idéal même, par l’hospitalité des responsables du Centre et les conditions de travail. La durée du colloque aura permis de donner du temps non seulement aux intervenants mais à chacun pour des échanges informels ou non. Ces échanges furent largement internationaux et interdisciplinaires, tant par le profil des intervenants – une quarantaine – que par la diversité de l’audience. On put apprécier aussi les dialogues fructueux entre générations de chercheurs – toutes représentées, ce qui s’imposait sans doute plus encore pour un colloque anniversaire. Ce dialogue permit d’observer sinon des évolutions au sein de la critique, du moins une grande capacité d’écoute mutuelle.

Chaque journée ou demi-journée de cette Décade correspondait à une orientation spécifique : «présence de Beckett dans l’histoire», «entre deux langues», «présence du corps», «présence philosophique», «présence de Beckett dans le polylogue des arts», «présence de Beckett dans la recherche esthétique», «présence et représentation», «présence de Beckett auprès de ses continuateurs». Malgré la variété des angles d’approche, on put noter un recours fréquent à la psychanalyse, mais aussi une prise en compte récurrente de la dimension historique de l’œuvre. L’analyse de la réception de l’œuvre dans des pays souvent peu connus des "beckettiens", tels que l’Iran ou la Russie, apporta des éclairages nouveaux. La démonstration des apports de la numérisation à la critique génétique laissa entrevoir d’autres horizons pour la critique beckettienne. Presque tout le corpus fut pris en compte, tant en termes de genres que de périodes. Certes, on put regretter quelques silences relatifs : sur certaines traditions littéraires ou dramatiques françaises dans lesquelles s’inscrit l’œuvre de Beckett – ou avec lesquelles elle rompt –, ou sur des questions de mise en scène, notamment dans le domaine français. Sans doute aussi le panorama de la «descendance» beckettienne, en particulier dans les nouvelles générations d’écrivains français, aurait-il mérité plus de temps. Mieux vaut, cependant, se féliciter d’avoir devant soi d’aussi riches perspectives.

Remercions vivement non seulement les intervenants, venus souvent de loin et toujours prêts à adopter la langue française, mais aussi les artistes qu’avait conviés Bogdan Manojlovic pour plusieurs manifestations parallèles au colloque : Ayser Schmid-Vançin, pour une prestation vocale et musicale, Edith Garraud et Fransoise Simon pour deux soirées théâtrales (adaptation d’extraits de L’Innommable, interprétation de Berceuse, Dis Joe et Bing). Toute notre reconnaissance, enfin, à nos hôtes, les responsables du Centre culturel de Cerisy : Edith Heurgon, Catherine Peyrou, assistées notamment de Jacques Peyrou et Catherine de Gandillac. Ceux qui n’eurent pas la chance de goûter à l’atmosphère si chaleureuse de Cerisy pourront du moins trouver plaisir à prendre connaissance des Actes du colloque, qui paraîtront dans le cadre de la revue Samuel Beckett Today/Aujourd’hui, à l’automne 2006.

Yann Mével


Festival Paris Beckett
, toutes les manifestations parisiennes de cet automne dans de nombreuses salles de théâtre. Tous renseignements sur : www.parisbeckett.com


Au Théâtre du Chêne noir, 8 rue Ste-Catherine à Avignon, en partenariat avec La Maison Samuel Beckett de Roussillon :