SAMUEL BECKETT
(DUBLIN 1906 - PARIS 1989)


1906 :

Le 13 avril, un vendredi saint, Samuel Barclay Beckett naît à Foxrock, dans la banlieue de Dublin. Second fils d’une famille protestante aisée, il aura une enfance heureuse, marquée par la piété profonde de sa mère. Il en gardera le sens de l’interrogation métaphysique, mais ne verra qu’ennui dans la religion. Pendant ses brillantes études littéraires, il apprend le français et l’italien et se distingue comme sportif, en particulier au cricket.

1926 : Premier voyage en France. Durant l’été, Beckett visite les châteaux de la Loire.

1928 : Il est nommé lecteur d’anglais à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm à Paris. Durant ce séjour de deux ans, il devient l’intime d’un autre écrivain irlandais expatrié, James Joyce, qu’il admire et dont il aura beaucoup de difficultés à se défaire de l’influence.

1931 : Beckett renonce à la brillante et confortable carrière universitaire qui s’offre à lui pour s’adonner complètement à l’écriture.

1937 : Après plusieurs années difficiles, marquées par une dépression et des problèmes financiers, et après un long séjour en Allemagne qui lui fait mesurer les dangers du nazisme, Beckett s’installe définitivement en France.

1939 : Lorsque la guerre éclate, Beckett séjourne dans sa famille en Irlande. Il regagne immédiatement Paris, préférant, comme il le dira plus tard, vivre dans la France en guerre que dans l’Irlande en paix. Il s’engage dans la Résistance, horrifié par le sort réservé aux Juifs.

1942 : Son réseau ayant été dénoncé (par un prêtre infiltré !), il doit quitter précipitamment la capitale avec sa compagne, Suzanne. Fin octobre, ils arrivent à Roussillon, village dont leur a parlé la famille Lob, qui y possède une résidence. La guerre a interrompu le versement de la petite rente que perçoit l’écrivain depuis la mort de son père. Le couple est totalement démuni et Beckett se voit contraint de s’improviser ouvrier agricole pour survivre. Le jour, il travaille chez Bonnelly, qu’il citera dans Godot, et chez Aude, dont il apprécie beaucoup la famille. Le soir, il écrit “pour garder la main”. C’est à Roussillon qu’il termine son deuxième roman, Watt, le dernier qu’il rédigera en anglais. Il y invente la figure du clochard, personnage qui traversera ensuite toute son œuvre.

1946 : Après quelques mois passés à Saint-Lô, dans la Manche, comme interprète dans un hôpital, et un séjour en Irlande durant lequel il aura la “révélation” de ce que doit être son écriture, Beckett retrouve Paris et se met à écrire frénétiquement. En trois ans, il rédige l’essentiel de son œuvre, en particulier la trilogie romanesque (Molloy, Malone meurt et L’innommable) et sa pièce la plus connue, En attendant Godot, achevée en 1949.

1953 : Refusée d’abord par plusieurs théâtres, la pièce est créée au Théâtre de Babylone, dans une mise en scène de Roger Blin. Cinquante ans plus tard, la fascination pour En attendant Godot n’a pas faibli, puisque la pièce est présentée chaque jour quelque part dans le monde.

1969 : Samuel Beckett, considéré comme l’un des plus grands écrivains du XXe siècle, reçoit le prix Nobel de littérature, une distinction qu’il acceptera par courtoisie mais sans plaisir, tant il sait que cette gloire universelle va nuire à sa tranquillité. Il se réfugie de plus en plus souvent dans sa maison de campagne de Seine-et-Marne, où il rédige des textes de plus en plus courts et poursuit la traduction de son œuvre en anglais (un travail qu’il considère comme une corvée, mais qu’il tient à effectuer lui-même). Il se consacre aussi à ses pièces et à leur mise en scène.

1989 : Samuel Beckett meurt le 22 décembre, quelques mois après sa femme Suzanne. Il est enterré au cimetière du Montparnasse.